À PROPOS

UN JOUR UN HOMME

Un jour un homme m’a demandé ce qui me faisait lever le matin. Je lui ai répondu l’amour, l’art et la nature.

J’ai lu la légèreté de Catherine Meurisse. Elle est une rescapée de l’attentat de Charlie Hebdo. Elle raconte ce qui lui a permis de vivre. De continuer à vivre. Après cet attentat. Elle dessine, elle se dessine avec une de ses amies, face à un magnifique paysage. Elle dit, : « Moi, ce qui m’a paru soudain le plus précieux après le 7 janvier, c’est l’amitié et la culture. » Son amie répond en regardant le paysage : « Moi, c’est la beauté. » « C’est pareil. »

Voila. Ce qui lui permet de vivre, ce qui me permet de vivre, c’est la beauté.

La beauté de la nature.
La beauté de la culture, de l’art.
La beauté de l’amitié, de l’amour, en général, du lien.

Ma création est inextricablement liée à ma part d’intime. A ma vie. Ce que je vie est prétexte à ma création. Ce que je crée donne du sens à ma vie. C’est ainsi. Tout est lié. Tout est ma vie. Justement.

TOUT EST LIÉ

La première fois que je suis montée sur scène, j’avais 12 ans. Ça a été une révélation. J’ai adoré ça. J’étais enfin moi-même. Bien. Je crois que j’ai rêvé d’être comédienne à ce moment-là. Et puis, j’ai oublié.

J’ai longtemps dit : « Je ne suis pas créative. » c’était comme ça, une histoire de rôle familial, de notes à l’école et d’ambition parentale. J’ai donc fait une école de commerce. Seulement voilà. Après cette école de commerce, je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. Et rien. Je ne voyais rien. J’avais toujours aimé l’art et la culture. La communication aussi. J’ai donc postulé pour des DESS de communication, journalisme notamment. Et pour des DESS de management culturel. J’ai fait un DESS de management culturel. J’avais la possibilité de travailler en même temps. On m’a proposé un stage dans une compagnie de théâtre, j’avais fait du théâtre, adolescente, et j’ai dit non. J’aurais trop envie d’être sur scène. Rien de pire que de ne pas être à sa place. Alors, j’ai fait un stage au Centre d’Art Contemporain de la Ferme du Buisson. Je n’avais jamais eu envie de dessiner, peindre ou sculpter, et je n’avais aucune idée de ce qu’était une installation. C’était parfait. Ce stage a changé ma vie. J’ai rencontré la création contemporaine, l’art donc, mais le cinéma, la danse, le théâtre, celle des autres, mais donc la mienne par effet ricochet. Aujourd’hui encore, je reste en lien permanent avec cette création contemporaine, celle des autres. Je dialogue avec elle. Elle me nourrit, m’enchante, m’inspire. Elle m’est indispensable. J’ai ensuite travaillé comme assistante d’exposition à la Galerie Nationale du Jeu de Paume, à l’époque où c’était de l’art contemporain et pas encore de la photo. Assistante d’exposition. Un pont entre le contrôle de gestion et ma création.

Et je me dis en écrivant que tout était déjà là.

Un jour, ma sœur, qui est réalisatrice et metteur en scène, m’a proposé de jouer le rôle principal de son premier court métrage. Par amour. Elle se souvenait de mon désir enfoui. J’ai joué. Rejoué. 3 jours de bonheur. Une révélation. Un homme qui était cadreur sur son film m’a dit : « Avec ce que j’ai vu, je ne comprends pas que tu ne sois pas comédienne. »C’était sans doute l’autorisation qu’il me fallait. Quelques mois et un accident plus tard, toujours le lien à ma vie, j’ai quitté le Jeu de Paume et je me suis lancée.

J’ai fait l’atelier A de Julie Vilmont. J’ai tout appris de la comédienne que je suis. De la dramaturge aussi. Pour elle, un comédien est dramaturge. Elle m’a appris à construire un personnage. Pour le jouer donc. Mais aussi, des années plus tard, pour l’écrire. J’ai appris la liberté, la concentration flottante, la rigueur et l’abandon, la mémoire sensorielle, l’écoute, et le corps. Le corps surtout. Le jeu organique. J’ai appris que tout passe par le corps. Pas par la tête. Aujourd’hui encore je pense ça. Tout passe par le corps. Pour le jeu. Mais sans doute aussi pour le reste. J’ai ensuite fait de nombreux stages, je continue, lié au jeu organique, la recherche de l’instant juste, créatif, Meisner, Viewpoint, le comédien en mouvement, la dramaturgie du corps et jeu de l’acteur, et d’autres. J’ai appris aussi à devenir celle que j’étais.

Quand je joue, je suis libre. En état de conscience modifiée. Ouverte. Disponible. Abandonnée. A une autre de moi. Extrêmement présente. Quand je joue, je suis. Là. Je suis moi. Aussi.

J’ai rapidement beaucoup joué. Au théâtre. Au cinéma. Des courts métrages. Et même deux longs métrages très indépendants, et ma première collaboration à l’écriture. J’ai rapidement beaucoup joué et j’adorais ça, je ne suis jamais vraiment passée par la case débutante, j’avais de très bons retours, mais, je n’ai jamais réussi à gagner ma vie correctement. Un jour, je me suis dit que j’avais choisi ce métier pour vivre ma vie et que j’étais en train de la perdre. Ma vie. J’ai failli tout arrêté et je me suis mise à écrire.

Quand j’écris, mes doigts sur le clavier ne vont pas aussi vite que ma pensée et j’adore ça. Cet état. Un autre état de conscience modifié. Quand j’écris, je suis là. Traversée. Je suis moi. Aussi.

Je me suis mise à écrire. J’ai écrit pour jouer. J’ai écrit une série courte que ma sœur a réalisée, j’ai écrit deux courts métrages que nous avons coréalisés. Elle m’a mise en scène. En parallèle, je me suis mise à faire du doublage, la voix est une autre voie, pour moi. Et les choses se sont ouvertes, j’ai joué dans des téléfilms, rencontré d’autres réalisateurs. Le jeu est un jeu. Et une liberté aussi. Pour moi.

Et puis, j’ai rencontré un homme qui est devenu un de mes meilleurs amis. Il était rédacteur en chef de Dock en Stock, une société de production de documentaires. Il a vu mes films et il a lu des scénarios de longs métrages que j’avais écrits. J’écrivais pour jouer, mais pas que. Il a vu, il a lu et il m’a dit, tu écris et tu réalises de ma fiction tu ne voudrais pas faire du documentaire ? Il m’a fait un magnifique cadeau. J’ai pris une porte ouverte. J’ai dit oui. Evidemment. Et, j’ai ainsi écrit et réalisé 4 documentaires. Trois pour 13ème rue sur des criminels, qui m’ont inspiré une série de fiction, un criminel ordinaire. Et un pour Arte, des médecins formidables. J’ai réalisé des documentaires et j’ai rencontré des gens formidables, certains sont restés des amis, la fille d’une criminelle, un avocat.

J’aime profondément écouter l’autre. Sa vie. Son histoire. Le pourquoi du comment. Des gens qui sont des héros ordinaires. De leur vie. De la société. Le documentaire est une fenêtre ouverte sur le monde. Il est aussi une source d’inspiration inépuisable pour la fiction.

Sur un tournage, en tant que comédienne, j’ai rencontré un producteur de fictions pour la télévision. J’avais une histoire, dans mes tiroirs, pour le cinéma plutôt, mais là encore j’ai pris une porte ouverte. Je lui ai fait lire cette histoire. Il m’a dit je la veux. J’ai dit oui. J’ai écrit et réalisé mon premier film long pour France 3 : Le goût du partage.

J’aime profondément être sur un tournage. J’aime accompagner un comédien pour qu’il raconte, en corps, son personnage, et un peu de lui-même. J’aime le travail avec une équipe. J’aime ce moment où tout le monde poursuit le même but, raconter une histoire. De fiction.

Quand je réalise, je suis là. Complètement là. Avec l’autre. Avec moi. Et mon histoire. Celle qui se raconte à travers moi. Comme quand j’écris. Mais avec d’autres. Qu’elle soit vraie. Ou inventée. Quand je réalise. Je suis moi. Aussi.

Tout est prétexte.

A rencontrer l’autre.

A raconter l’autre.

Et moi.

Après ce film, j’ai continué à écrire, des documentaires, des films longs pour le cinéma et des séries pour la télévision.

J’ai écrit un roman d’autofiction aussi. Une histoire. Mon histoire, que je voulais raconter, qui contient sans doute toutes les clés, pour transmettre mes valeurs. Mon histoire. Et ce que j’en ai fait.

J’ai écrit des nouvelles du monde, des instants volés, des poèmes, et d’autres mots, tout au long de ma vie. J’ai écrit une pièce de théâtre, un deux seuls en scène, un dialogue entre un homme et une femme, et un poème à mettre en scène. Je commence à adapter une de mes séries en série de romans.

Le reste du temps, je voyage et je fais des photos.

Je vis.

Tout est prétexte à créer.

A raconter
Des histoires.
Vraies. Ou inventée.
Celle des autres.
Ou la mienne.
A regarder le monde.
A le comprendre.
A l’accepter.
A inventer.
Des mondes.
Un monde.
Meilleurs.

L'AUTRE

L’autre a une place fondamentale dans ma vie. J’ai fait des rencontres qui ont changé ma vie. Je crois que ma vie, la vie, est faite de rencontres.

Je demande à des gens que j’aime, qui m’inspirent, que je connais depuis 5 minutes, 10 ans, ou toute une vie, de me raconter une rencontre. J’écris un texte. Je n’ajoute rien. Je n’invente rien. Je mets en forme le récit de leur rencontre. Je leur donne ce texte dont ils sont auteur aussi. Avec moi. Ils apprennent le texte, pas au mot près mais le déroulé de la pensée. Je les filme, en noir et blanc, dans un lieu poétique urbain.

J’ai réalisé 6 rencontres.
6 portraits filmés.

J’aimerais qu’il y en ait d’autres.
Tant qu’il y a de l’amour. Et des rencontres.

J’ai demandé à Olivier Allard de me faire des photos de chacune de mes rencontres. J’aimerais que ces rencontres, avec d’autres, puissent être un livre de textes et photos. Aussi.

La rencontre.
L’amour. L’art. La liberté.

LA CREATION DE L'AUTRE

La création de l’autre est fondamentale pour moi. C’est ma liberté. Que j’y participe, comme comédienne ou collaboratrice à l’écriture, que j’accompagne une personne dans son projet personnel, professionnel, ou artistique, ou un comédien vers un rôle, ou que je la reçoive comme spectatrice ou lectrice.

J’ai toujours beaucoup lu. Un peu moins depuis que j’écris mais quand même, je lis beaucoup. Différemment peut-être. Certains livres ont changé ma vie. Ils sont au cœur de ma vie. Et donc au cœur de ma création.

C’est le cas aussi de la danse qui me fascine et m’émeut, me transporte, comme une musique des corps où il n’y a plus de mots. J’ai souvent dit que si j’avais eu une autre histoire que la mienne, je serais devenue danseuse, le théâtre, évidement, le cinéma, les séries, les arts plastiques, la photographie. La musique et la poésie.

Certaines œuvres changent le court d’une vie.

C’est peut-être pour ça.
Que je crée.
Aussi.