Place de Stalingrad. Place désertée. Coincée entre deux avenues. Lieu de rencontre exilé en lieu de passage. Les gens courent dans tous les sens. Ils traversent cet endroit comme ils traversent leur existence : en diagonale. Aujourd’hui, des baraques se sont installées. Une fête foraine. Trois manèges, cinq stands, posés là par hasard. Décor de carton pâte. Un vendeur de barbe à papa. Une odeur de sucre plane et adoucit l’ambiance, la réchauffe. Le temps s’est arrêté. Personne n’ose s’approcher. Les câbles et les camions changent leur trajectoire déjà esquissée. Il faut les contourner. Difficulté à évoluer. Les sonorités joyeuses des disques bon marché se perdent dans la morosité. Alors, un enfant rompt le pacte de l’ennui. Des cris de joie. Un sourire éclatant. Des yeux illuminés. Un regard virevoltant. Une envie qui ramène la vie. « Papa, papa, je veux essayer ça et ça et encore ça. » Sa boulimie contre leur apathie. Les visages figés se détendent, détendent l’atmosphère. Un homme s’élance : « Que la fête commence ». L’enfant tourne, hésite, choisit. Il voyage sur l’éléphant volant. Il est tellement attendrissant. Je le regarde faire son tour. Au deuxième, je monte avec lui. Il est surpris. Il me tend la main. Ensemble nous partons vers un autre monde. Il se serre contre moi. Je ne respire même pas. Je ne veux pas briser cette magie. Je ris.

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