Je suis arrivé en France quand j’avais 6 ans. (il s’arrête) J’ai rencontré la France à 6 ans et mes parents en même temps. C’était conjoint. (il rit) Je suis né en Côte d’Ivoire. J’ai vécu là-bas jusqu’à mes 6 ans donc. J’ai été élevé par ma grand-mère. Enfin je croyais que c’était ma grand-mère, en fait c’était ma grande tante. C’est pareil. (il hésite) Mon père et ma mère sont partis en France pour chercher du travail. La France c’était un peu l’Eldorado. Ils voulaient qu’on ait une meilleure vie. Ils sont partis sans rien. Ils nous ont laissé mes frères et moi. On était 3 à ce moment-là. Roger, Olivier et moi. Moi j’avais 1 an. Maintenant on est 6. Il y a aussi Lionel Fabrice et Annie Dominique. On est 3 à être né en Côte d’Ivoire et 3 en France. (il réfléchit) Ma mère, elle est venue chercher mes frères quand j’avais 4 ans. Mais je ne m’en souviens pas. Je me souviens que j’étais triste que mes frères s’en aillent. Je suis resté parce que je n’étais pas en âge d’être scolarisé. Je ne pouvais pas aller à l’école. Je n’ai aucun souvenir de ma mère. Avant que je la retrouve. En France. C’est mon père qui est venu me chercher. J’avais 6 ans. C’est bizarre quand même on te dit que cet homme c’est ton père. Qu’est-ce qui fait que tu sais que c’est ton père ? (il rit) C’est bizarre. (il rit) Je ne parlais presque pas français et je parlais un dialecte que mon père ne parlais pas. C’était bizarre. (silence) Je l’ai suivi sans problème. J’avais envie d’aller en France. J’avais envie de retrouver mes frangins. Je mourrais d’envie de retrouver mes frangins. La France, c’était être tous ensemble. La famille. J’ai rencontré ma famille a 6 ans. J’ai rencontré la France à 6 ans. Ce qui est drôle, c’est que je n’ai pas rencontré la France le jour où je l’ai rencontré. (il rit) On a pris l’avion avec mon père. C’était la première fois que je prenais l’avion. Et il y a ce moment quand l’avion roule sur le tarmac. Moi j’ai cru qu’il n’avait jamais arrêté de rouler. L’avion. Qu’il n’avait jamais décollé. Je voyais les nuages mais je pensais qu’il roulait. On est arrivé à Paris. Je ne me souviens plus de ma première vision de Paris. En fait, c’est normal, je ne savais même pas qu’on était arrivé. (il rit) Je n’avais pas la sensation qu’on était arrivé. Je sais qu’on a été à Vanves parce que mes parents habitais là-bas. J’étais tellement heureux de voir Roger mon frère. Ma mère je ne sais pas, je ne la connaissais pas. Est-ce qu’on peut être content de voir quelqu’un qu’on ne connait pas ? J’ai découvert que j’avais un La rencontre Version du 14/02/17 14/18 autre frère. Lionel. Il avait 1 an. Je n’étais plus le dernier. Et mon frère Olivier hospitalisé à Roscoff. Je ne sais plus ce qu’il avait. Je voulais lui parler. On l’a appelé. Ma mère me disait en français, dis-lui que tu viendras le voir. Oui. Tu viendras te voir. Je parlais mal le français. Je voulais le voir. Je ne pouvais pas. Pas ce jour-là. Et puis, je suis allé me coucher. J’ai dit à mon grand frère Roger. Allez viens on va dormir parce que demain on va en France. Et Roger m’a dit. Tu y es. A non. On ne voit pas une France comme ça. (il rit) Ca a fait rire tout le monde. Toute la famille. C’est resté. Je suis celui qui a dit : « On ne voit pas une France comme ça. » J’avais 6 ans. Je venais de rencontrer la France et mes parents mais je ne le savais pas. (silence) Je pense que j’ai mis du temps. (silence) A savoir que j’étais en France. Vraiment. A avoir la sensation d’être arrivé. Je savais que j’étais en France parce que cela voulait dire être ensemble. Avec ma famille. Mes frères. Mes parents. (il hésite) Je me demande comment on fait quand un jour quelqu’un débarque et te dis je suis ton père, je suis ta mère ? (silence) Je rejoignais ma famille en France. Et la France, les français, me rappelait sans cesse que je n’étais pas d’ici. Ils me disaient, retourne dans ton pays. C’est une situation schizophrénique. Ca laisse des traces. (silence) J’ai passé plus de temps en France qu’en Côte d’Ivoire. Mais je ne sais pas si je suis français. Je n’ai pas ce sentiment d’appartenance. Je me sens accepté par intermittence. La France. Je n’ai pas la nationalité française. Je ne l’ai pas demandée. Je n’ai pas eu envie. C’est une rencontre compliquée. C’est une histoire d’amour difficile. La France. Ma famille. (silence) Mes enfants sont français. J’ai 4 enfants. J’adore être père. (il rit)