J’étais à Bali à Ubud exactement la ville des singes. Je m’étais promené, c’était la fin de l’année, les fêtes de fin d’années ailleurs, j’ai toujours aimé ça. Les voyages aussi, seule, comme une rencontre avec soi et avec l’autre. Je photographie beaucoup les gens en voyage. C’est une manière de les rencontrer.

Ce jour-là, je me promenais dans la ville, je venais de passer une heure avec une famille à prendre des photos donc mais aussi à rire, à jouer. Il s’est mis à tomber une pluie diluvienne. Je voyage beaucoup pendant la saison des pluies, les ciels sont plus beaux quand ils sont vivants, mouvants, changeants. Mais là, c’était une pluie diluvienne vraiment, des trombes d’eau. En même temps, il faisait chaud. En deux minutes, j’étais trempée, je n’ai pas eu le temps de m’abriter. Les enfants riaient en courant se cacher dans les maisons. Je me suis mise à courir aussi, protégeant mon appareil photo dans mon sac. Je courrais dans des torrents d’eau, je n’avais jamais vu ça. J’ai repensé à l’expression de mon père : tu n’es pas en sucre. J’ai couru jusqu’à l’hôtel où j’étais un peu en dehors du village, 6 chambres dans 3 maison mais des chambres immenses avec des terrasses tout aussi grandes donnant sur la jungle.

Je rentre, je me change, je me sèche et je reste là, soudain, il pleuvait des trombes d’eau et ça ne s’arrêtait pas. Je reste là un peu comme-ci, comme ça, je n’ai pas l’habitude de rester là, comme ça. Je me promène, je prends des photos, je lis, je regarde le paysage quand je suis dans un bus ou dans un train mais pas comme ça. Je me dis que je vais en profiter pour me faire masser, la question est comment rester sans rien faire. Mais les masseuses étaient chez elles avec la pluie, je comprends bien oui. Je fais quelques photos de la jungle sous la pluie mais voilà. Ce n’était pas encore l’époque des smartphones et tant mieux je crois en tout cas là.

Je m’assois donc sur la terrasse et je mets de la musique, quand même, Regina Specktor je me souviens de sa chanson, Fidelity, I hear in my mind all this voices, I hear in my mind all this words… Je crois qu’elle me ressemble et le bruit de la pluie qui tombe et puis juste le bruit de la pluie qui tombe et puis juste le silence. Dans mon esprit.

Soudain, en face de moi, le paysage. Un paysage de jungle mouillé, un paysage de conte de fée, féérique, changeant, mouvant, vivant. Le soleil qui refait surface et fait briller les milliers de gouttes de pluie que la tempête a laissé. Les reflets changeants des flaques d’eau comme des rivières à contre-courant. Les multitudes de vert comme des nuances de l’or à la chlorophylle. J’avais l’impression de voir des esprits, des fadettes et des feux follets, l’esprit des bois, du vent et de la lune. Tout une faune et une flore, bruissantes de vie et de secrets. J’ai pensé aux fées et aux déesses de la fertilité. J’ai pensé à mon premier voyage, le voyage que j’ai fait aux États-Unis, au Grand Canyon et à ce qui m’a traversée à ce moment-là. Je m’étais dit que si Dieu existait alors, il était là. Si Dieu existe, il est là, dans ce paysage, juste devant moi. J’ai été traversé par une image, une présence, un homme brun et une petite fille. J’ai pensé que j’étais célibataire depuis longtemps et que j’aimais être seule. J’étais en paix.

La jungle scintillait et j’étais en paix. J’ai remercié intérieurement la pluie qui m’avait permis de rester là. Quatre heures étaient passé comme ça, l’air de rien, juste dans le moment présent, sans activité, sans mon esprit à occuper. Juste dans l’instant présent, à cet instant, devant ce paysage, c’est la sérénité que j’ai croisé.