Je venais de vivre une histoire d’amour qui était une histoire de haine. J’ai failli y laisser ma peau. Je voulais un enfant. Je voulais faire un enfant avec un homme que j’aimais. Je voulais ce rêve d’enfant depuis toujours, je lui avais dit : si tu veux autre chose ce n’est pas grave, tu me dis. Il ne voulait que me baiser, il ne me l’a pas dit. Il m’a dit oui. Ça a duré un an et demi. J’étais exténuée, lessivée. J’ai fui. J’ai pris un billet d’avion pour la Thaïlande et j’ai fui.

Quand je suis rentrée, j’ai été propulsé dans les affres et les terreurs de mon passé, crises d’angoisses assurées, j’ai passé 6 mois à me demander tous les matins comment j’allais me lever. Comment j’allais tenir encore toute une journée. Je ne savais plus rien, ni ce que je voulais, ni comment je m’appelais. J’avais des doutes. J’avais des obsessions. J’avais peur de tout. J’ai cru que j’allais mourir. Je me suis raccrochée à mon corps, le corps, le mouvement, le yoga, la danse, le mouvement authentique, le corps de l’acteur, le corps à la place de la tête pour exister. Et ça a marché, petit à petit j’ai pu à nouveau respirer. Au début quelques minutes par jours et puis un peu plus.

J’ai déconnecté avec un désir enfoui, pas celui d’enfant, celui-là, je n’étais pas en état mais le désir d’un chat. J’avais croisé un chat en Thaïlande, j’avais envie de le ramener. J’avais repensé à mon chat. J’ai eu un chat quand j’étais enfant, la Piloute. Elle était toute noire, mes parents l’avaient ramener à la maison pour mes un an car je demandais une petite sœur. Elle est morte 18 ans plus tard, juste après que je sois partie de la maison. Entre temps, elle a dormi toutes les nuits sur une couverture rose au pied de mon lit. J’ai souvent pensé, même si j’ai peu de souvenirs d’elle, car j’ai peu de souvenir de mon enfance tout court et je crois que quand elle est morte, le chagrin était trop grand, mon esprit à tout occulté, j’ai souvent pensé qu’elle m’avait sauvé la vie. Elle, mon grand-père et les livres. Ma sœur peut-être aussi. Dans le marasme de mon enfance, elle était l’amour qui me gardait en vie. Ensuite, je n’ai jamais voulu reprendre de chat. Mais là, voilà, j’en revenais là.

J’ai vu des annonces sur Facebook soudain, il y avait plein de chats à donner ou bien c’est parce que mon attention était portée sur. En tout cas, il y avait des chats, des chatons. J’ai vu des gris, demandé, ils étaient pris. Et puis, j’ai vu un chat roux, je m’étais dit à 18 ans après la mort de mon chat que j’aurais pris un roux, alors j’ai dit OK pour un roux en plus il était chez un ami. Cet ami m’a dit oui, si c’est un mâle et il y a toutes les chances que ce soit un mâle, il est pour toi, parce que si c’est une femelle il est déjà pris. OK. Super. J’ai passé des nuits à me demander si j’avais eu raison, un roux, sur mon canapé prune, la maladie de mon esprit mais je n’ai pas bougé, j’ai dit oui.

Quelques temps plus tard, cet ami m’appelle et me dit : Sandrine, tu veux toujours d’un chat ? Le roux n’est plus disponible c’était une femelle mais il me reste un blanc aux yeux bleus, une fille, si tu la veux, elle est pour toi. Une femelle, blanche, aux yeux bleues, les yeux bleues, j’ai dit oui, oui parce que je savais qu’il fallait que je fasse taire mon esprit. Il m’a dit qu’il était content qu’elle aille chez moi, qu’elle était une survivante, elle était née bleue et ne pouvait pas téter c’est sa compagne qui l’a nourrit au biberon les deux premières journées. J’ai dit oui, j’ai fait taire mon esprit.

Je suis allée la chercher le 7 juillet 2016, elle avait 4 mois, une petite tâche sur le museau. Une tâche sur le museau. J’ai failli hésiter. Elle avait une jumelle sans tâche. J’ai failli hésiter alors que je voulais absolument celle qui avait failli mourir. Pierre-Yves, l’ami chez qui j’étais, qui donnait les chatons m’a dit : tu sais un jour un homme m’a dit entre deux chats noirs, entre deux choses égales par ailleurs, prends celui qu’on te donne. J’ai pris celle qu’il me donnait. Je l’ai appelée Mila. Je ne sais pas pourquoi, d’où ce nom vient, il était là, pour elle.

Nous sommes rentrées en train de Vernon à Paris. Je l’ai sorti du sac et elle est resté assise sur la banquette, nous avons pris un café et elle est restée sur mes genoux. Alors, je l’ai emmené partout avec moi dans les cafés et pour les diners. Parfois, certaines personnes la prenaient sur leur genoux. J’ai dit à un ami que c’était une distributrice d’amour. Tout le monde la connait dans le quartier même si depuis elle a été un peu éclipsée par ma fille.

Elle est un chat chien qui pense qu’elle est un être humain. Elle parle, elle communique, elle dort près de moi, elle me manque quand je suis trop longtemps hors de chez moi. Parfois je voulais rentrer uniquement parce que je savais que j’allais la retrouver. Et puis, les nuits d’insomnies, elle était prés de moi, présence rassurante de l’amour à donner. Elle se cale sur mes jambes parfois quand j’écris.

Je crois qu’elle m’a permis de devenir mère aussi. Elle est comme ma première fille. Elle est l’amour de ma vie. Le première amour de ma vie. Elle m’a sauvé la vie.