J’avais 46 ans, je voulais un enfant et je n’en avais pas. Ca faisait des années que j’essayais dans avoir un par tous les moyens et ça ne marchait pas. Au début, je voulais rencontrer un homme avec qui j’aurais une relation équilibrée pour pouvoir accueillir un enfant. A 40 ans et après avoir fini la nuit avec un homme qui ne voulait ni de relation ni d’enfants, je me suis dit que la première partie de l’équation n’était pas gagnée et que, si je voulais un enfant vraiment, il était temps d’y penser… Seule. J’ai fait une séance de yoga et l’idée de l’adoption m’a traversée. C’était une évidence, je m’y suis accrochée. J’ai eu mon premier agrément rapidement et j’ai su très vite où je voulais adopter : au Maroc à Meknès. Ma mère était égyptienne, il n’y a pas de hasard. J’ai rencontré Rhamsa, un petit garçon, qui finalement a été adopter dans sa famille. Quelques temps après, on m’a assigné un autre petit garçon, Samir, mais le Maroc a fermé ses portes à l’adoption internationale dans la foulée… Je suis allée en Arménie, j’ai détesté Erevan. La Russie a fermé ses portes à son tour suite à la mort d’un enfant. Alors, je me suis dit que, même si la PMA ce n’était pas pour moi, ce serait plus facile et je voulais un enfant à tout prix. Direction l’Espagne. Pas de chance je n’étais pas une bonne candidate pour une FIV, ma réserve ovarienne était devenue trop basse. Ma gynécologue spécialiste de l’infertilité à qui je demandais des tests depuis des années pour avoir le choix, vu mon histoire je savais que la maternité ce n’était pas gagné, avait « juste » oublié le test de la réserve ovarienne. Qu’à cela ne tienne cet enfant qui m’attendait n’aurait pas mes gènes. C’était pas grave, sans doute mieux, mes gènes n’ont rien de génial au contraire. J’ai donc décidé de faire un double don, don d’ovocyte et don de sperme. Comme ça, je devenais la mère porteuse de mon enfant adopté. J’ai fait une fausse couche. Un amant et une fausse couche prématurée après, j’ai rencontré un homme et, malgré mon âge avancé, j’ai cru au conte de fée. Pas de chance, c’était un pervers de la pire espèce, le pire que j’ai rencontré à part mon père. Ça c’est fait. Une dépression et une reconstruction plus tard, un essai d’implantation d’ovule aussi sous forme de revendication même si mon corps criait non, je suis revenu à mon premier projet : adopter un enfant au Maroc qui entre temps avait ré-ouvert ses portes à l’adoption internationale en tout cas à Meknès. J’ai repris contact avec l’orphelinat. J’ai refait un agrément, un agrément n’est valable que 5 ans. J’ai redit mon désir. J’ai été accepté comme mère une deuxième fois par l’état français. Au Maroc ça trainait alors j’ai fait des dossiers pour plusieurs autres pays, ils ont été refusés, j’étais devenu trop vieille. Je ne m’en sortais pas. Je ne savais plus comment faire. Chaque fois que je parlais d’enfant, je pleurais. Je réfléchissais à ce deuil impossible : le deuil d’un enfant rêvé. Un jour, j’ai parlé à ma sœur et elle m’a demandé ce que je pouvais faire. J’ai dit spontanément : si je retourne au Maroc ils me donneront un enfant.

Alors j’y suis retournée, je ne voulais pas le faire, parce que j’avais souffert de cette séparation d’avec Rhamsa, le premier petit garçon que je voulais adopter et que seule ça me paraissait trop difficile. Mais, entre-temps, j’avais rencontré une femme qui est devenue une amie, ma bonne fée, qui habite à Meknès, elle était en vacances, j’ai dit : allez, j’y vais. C’était en novembre, j’ai vue Ouefae la directrice de l’orphelinat, j’ai pleuré, elle m’a dit qu’elle avait confiance en mon dossier mais que j’étais la seule à pouvoir décider si je voulais encore attendre ou pas. J’ai décidé d’attendre. C’est à ce moment-là que tu es née.

Quatre mois plus tard, le 13 mars, Ouefae m’appelle et me dit : tu as prévu de revenir en avril ? Oui, tant qu’à faire je m’étais remise en action. Tu viens pour du boulot? Heu, non, pour dire bonjour, je veux, tout ça. Et tu veux venir pour une kafala ? La kafala c’est la procédure d’adoption au Maroc. C’est une petite fille, elle s’appelle Neyla. Tu pourrais être là le 6 avril? J’ai dit oui, oui bien sûr. Je t’envoie une photo sa date de naissance, tu me dis. J’ai dit non, non pas la peine c’est oui! Oui. J’ai raccroché, j’étais dans la rue j’ai hurlé de joie, hurlé et pleuré. Et puis, une deuxième fois quand j’ai vu ta date de naissance le 27 novembre 2017, tu avais 3 mois, je rêvais de toi, de toi nourrisson, tout bébé. Mon bébé. Et puis ta photo, et ton nom, Neyla Tazi. Ma beauté, c’était toi qui m’attendait.

Je suis allée au Maroc un tout petit peu plus tôt. Nous étions le 4 avril 2018, je suis allée à l’orphelinat, le Nid au 5ème étage de l’hôpital Mohammed 5 que je connaissais bien. Je suis allée dans la pièce réservée aux futurs parent. J’avais le trac. Et soudain, tu étais, toute petite, si petite. Tu avais 4 mois et tu faisais la taille d’un nourrisson française. Neyla, ma fille, mon trésor. Une femme t’a déposée dans mes bras. Tu as plongé tes yeux dans les miens. Tu m’as transpercée, droit au cœur. J’ai éprouvé une émotion indéfinissable de joie, de relâchement, de peur aussi. Je me suis mise à pleurer. Tu m’as regardé encore, ce regard profond qui t’est si singulier. A travers mes larmes j’ai souri, je t’aime ma chérie.

Je suis officiellement devenue ta mère le 17 avril. Ce jour-là l’huissier qui devait vérifier que c’était bien toi et que c’était bien moi, m’a dit : on dirait qu’elle est sortie votre ventre. Quelques minutes plus tard, dans le petit taxi qui nous ramenait à l’hôtel, une femme m’a dit : vous n’auriez jamais dû l’avoir. Et c’est vrai, au Maroc, les orphelinats sont plein de garçons, les filles sont adoptées immédiatement par des Marocaines qui veulent des filles pour s’occuper d’elles. Elles ne passent pas par l’orphelinat et vont encore moins à l’international Encore moins si petite. La veille de notre départ en France, Ouefae m’a dit : tu as attendu si longtemps je voulais que tu aies un enfant à toi. Et c’était toi, mon enfant, je ne savais pas encore que tu étais mon enfant rêvé au sens strict. Celui que je portais au plus profond de mon cœur. Tu étais mon destin. Et notre rencontre pose la question du tien.

Nelma, tous les jours je me réjouis que tu sois dans ma vie. Tu grandis, tu deviens une petite fille. J’ai hâte de te voir jeune fille, adolescente, adulte. Tous les jours j’ai hâte de te rencontrer, de rencontrer celle que tu deviens. Je t’aime ma chérie.